Situé aux portes de l’agglomération de Hyères et sur la route menant à Pierrefeu, le domaine de Sainte Eulalie, propriété de la famille de David-Beauregard, reste dans la mémoire des hyérois et hyéroises comme l’une des plus grandes et des plus belles exploitations de la localité.

Un héritage traditionnel provençal
Depuis l’Antiquité, l’activité économique issue de la vigne et des autres cultures traditionnelles provençales (oliviers, céréales, maraîchage…) ont permis notamment de subvenir aux besoins des familles vivant dans le hameau et travaillant sur place. Au cours du temps et sous la direction de la famille de David-Beauregard, d’autres cultures ont été entreprises : arbres fruitiers, vers à soie, sorgho et canne à sucre, riz, chevaux de course…
Une partie du domaine a appartenu aux Cisterciennes de Saint-Pierre de l’Almanarre et a eu sa vie propre jusqu’en 1663, date à laquelle elle est intégrée aux biens de Sieur Arène qui possédait déjà des terres environnantes dans la vallée du Gapeau. L’église des Cisterciennes, mentionnée dans différents documents d’époque (pour la première fois en 1110), semble être l’actuelle chapelle familiale. Le domaine de Sainte Eulalie a été nommé d’après une sainte du martyrologue espagnol dont la vénération apparaît au XIème siècle dans le midi de la France. Le choix du vocable de Sainte Eulalie à Hyères s’expliquerait dans le contexte de la suite de la reconquête de la Provence avec Guillaume le Libérateur, comte de Marseille, dont les descendants, la branche de Fos, étaient fiers des exploits, et dans une lente remise en culture des terres laissées en friche durant la période où les Sarrasins dévastèrent la région.
Un domaine familial
La famille de David-Beauregard entre en possession de Sainte Eulalie au XVIIIème siècle. Cette lignée, dont la filiation paternelle est attestée depuis le XIIème siècle, trouve ses origines dans le Limousin, où elle demeure jusqu’au XVème siècle. En 1763, Alexandre Aimable de David-Beauregard épouse Denise de Fortia de Pilles, dernière héritière de la famille d’Arène, avant de s’établir à Hyères en 1776.
Au début du XXème siècle, Ferdinand de David-Beauregard, unique hériter de la branche aînée, demeure célibataire. Afin d’éviter le morcellement du domaine entre de multiples héritiers, il adopte l’un de ses petits neveux, Bernard de David-Beauregard.
Lors du décès de Ferdinand en 1925, Bernard est encore mineur et son père Stanislas de David-Beauregard – futur maire de Hyères – prend en charge la gestion du domaine au nom de son fils. Bernard décède en 1940 au service de la France, suivi par son père en 1950. En attendant que les cinq enfants de Bernard atteignent l’âge adulte et puissent assurer eux-mêmes l’exploitation, deux oncles créent une société qui exploite en fermage différents domaines provençaux, dont Sainte Eulalie.
Au début des années 1960, l’un des enfants, Hubert de David-Beauregard, est nommé gérant statutaire de la société civile familiale.
Hubert et Jean-Louis de david-Beauregard
Entre 1963 et 1970, Hubert abandonne progressivement les cultures maraîchères au profit du blé, plus stable économiquement et moins exigeant en main-d’œuvre et en matériel. Il modernise les installations, rénove la cave et replante environ 17 hectares de vignes. Décision est ensuite prise de se lancer dans la commercialisation directe du vin : Hubert aménage une petite cave et réalise l’installation de mise en bouteille. Les résultats sont encourageants puisqu’en 1975 la totalité de la récolte ne suffit plus à satisfaire la clientèle. En 1976, le vignoble comprend 119 hectares, dont 90 en production, et avec un meilleur rendement que la moyenne départementale.
L’exploitation doit s’arrêter en 1990, mais renaît à partir de l’année 2000 avec l’installation de Jean-Louis de David-Beauregard, le fils cadet d’ Hubert, qui entame progressivement la reconstitution du vignoble. Une douzaine d’hectares en AOP « Côtes de Provence » est actuellement en production biologique, et une parcelle d’environ 2 hectares a été plantée en cépages blancs en 2024.
Les projets sont nombreux, avec notamment la poursuite des plantations de vignes adaptées aux exigences de qualité du vigneron tout en répondant aux contraintes du changement climatique, ainsi que la diversification des activités avec la création prochaine d’une oliveraie.
